Ratna Omidvar
Directrice générale de la Fondation Maytree
Où êtes-vous née?
En Inde.
Qu’espériez-vous faire en tant qu’adulte?
Je voulais diriger une école.
Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de faire cela?
Je me rappelle, qu’étant enfant, je me demandais pourquoi j’allais à l’école alors que bien d’autres enfants n’avaient pas la chance de le faire.
Comment êtes-vous arrivée où vous êtes aujourd’hui?
C’est un chemin parsemé de nombreux accidents. Mon arrivée est un hasard. Je suis venue ici à cause de ce qui se passe en Iran; je n’ai jamais eu l’intention de venir ici. La vie vous réserve bien des surprises. Vous choisissez alors certains chemins. Ce sont les décisions que vous prenez qui changent votre vie. C’est ce qui m’est arrivée.
Comment êtes-vous arrivée à Maytree?
Je suis enseignante. En principe, j’enseigne l’allemand comme langue seconde. J’ai réalisé que ce serait plutôt difficile pour moi d’enseigner l’allemand à des Canadiens qui ne voudraient sûrement pas apprendre cette langue d’une Indienne. J’ai alors commencé à chercher d’autres occasions de travailler et, d’une façon ou d’une autre, par hasard, je me suis impliquée dans le secteur sans but lucratif. Ça m’a vraiment ouvert les yeux parce que les deux sociétés dans lesquelles j’avais vécu jusque là étaient l’Allemagne de l’Ouest qui n’avait certainement pas un secteur de société civile prospère parce que, là-bas, tout est géré et dirigé par l’État; et l’Inde où le chaos régnait à cette époque, il y a de ça 25, 30 années. J’ai trouvé que ce concept était fascinant, que les citoyens se réunissaient, accomplissaient des choses ensemble sans s’attendre d’être payés. Ça m’attirait beaucoup et je me suis dit, « Voilà le but que je veux poursuivre. » À cette époque, je ne pensais pas d’avoir une carrière. Tout ce que je voulais, c’était un emploi. Je ne crois pas que beaucoup d’immigrants pensent d’avoir une carrière. Ils pensent plutôt « De quoi ai-je besoin aujourd’hui pour survivre demain? » Je partageais vraiment cette vision des choses. J’ai été alors assez chanceuse d’être capable de me frayer un chemin dans le secteur à but non lucratif. Et, dans un certain sens, c’était le début de ma carrière parce que je suis toujours restée dans ce secteur.
Qu’en retirez-vous?
Deux choses. Premièrement : le fait de savoir que votre travail contribue à l’amélioration de la vie des gens au niveau personnel. Bien que le nombre d’individus sur lesquels vous avez une influence peut être très minime, ça reste une expérience très stimulante. Deuxièmement, après avoir passé 25 ans dans ce secteur, le fait de comprendre qu’en fait vous pouvez contribuer à modifier les systèmes et les attitudes en travaillant à la fois aux niveaux du peuple et des politiques.
Quel a été votre plus grand défi?
Je sais que nous célébrons la diversité, mais je veux qu’elle devienne une célébration vivante et vécue plutôt qu’une enfant-vedette d’affiche. Je crois vraiment que nous devons nous concentrer sur l’intégration qui est un mot beaucoup plus proactif qui représente mieux ce que nous essayons de faire. L’intégration reste mon plus grand défi.
Comment surmontez-vous ce défi?
Vous devez y travailler à divers niveaux, mais je crois que ce défi comporte de nombreux facteurs. Il y a trois principaux indicateurs. L’intégration n’est pas possible sans l’intégration économique. L’intégration n’est pas possible sans l’intégration politique. Et l’intégration n’est pas possible sans engagement civique. Il s’agit de changer notre façon de penser, nos attitudes et nos comportements.
Pensez-vous avoir contribué d’une certaine façon?
Je crois que j’ai réusssi à contribuer. Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est moi, c’est un mouvement que nous essayons de créer.
Avez-vous des rêves que vous aimeriez encore réaliser?
Je veux être une bonne jardinière. Je veux apprendre comment faire fructifier les choses. |