| La politique d’immigration du Canada doit se donner comme objectif principal d’encourager les immigrants ayant des compétences et dont nos employeurs ont besoin à venir au pays. Ces compétences si transférables à divers emplois recèlent une plus grande valeur pour les employeurs et les immigrants eux-mêmes.
Parallèlement, l’adoption de nouvelles attitudes favorisant la meilleure intégration des immigrants dans la société canadienne est urgente, déclare un conseiller éminent en matière de politique publique.
La création d’un nouveau Bureau d'orientation relatif aux titres de compétences étrangers, qui a été annoncée récemment par le gouvernement fédéral, viendra satisfaire le besoin d’être informé des professionnels formés à l’étranger et des ouvriers qui envisagent de déménager au Canada, explique Naomi Alboim, professeure à l’école d’études de politiques publiques à l’Université Queen.
Elle ajoute qu’il est toutefois peu probable que le nouveau bureau sera la source première d’information pour les immigrants planifiant de venir au Canada ou pour ceux qui sont déjà établis au pays. Les amis, la famille, les sites Web variés et les consultants en immigration fournissent souvent des renseignements, mais ils sont pour la plupart inexacts.
« Le fait de se concentrer sur l’évaluation des titres de compétences n’est peut-être pas la stratégie la plus efficace, affirme Alboim. Le plus grand problème des immigrants est d’avoir la chance de démontrer ce qu’ils sont capables de faire et d’obtenir leur première expérience de travail canadienne. »
Le bureau d’orientation relatif aux titres de compétences étrangers, dont l’annonce a été faite à la fin de mai par la ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, Diane Finley, a été conçu par Ottawa pour accélérer le processus d’évaluation et de reconnaissance des titres de compétences des individus projetant de venir travailler au Canada.
Le bureau, dont les opérations disposent d’un budget quinquennal de 32,2 millions de dollars, fournira des services en personne et au téléphone à partir de 320 points situés partout au Canada. Il desservira des services en ligne élargis pour permettre de déterminer quels sont les postes canadiens pour lesquels les immigrants potentiels possèdent des qualifications et il mettra à la disposition de ces derniers de l’information détaillée sur le marché du travail et un service d’orientation vers les organismes appropriés. De plus, le bureau sensibilisera davantage les employeurs aux avantages d’embaucher les travailleurs qui ont fait des études et acquis des compétences à l’étranger, explique Finley.
L’Association canadienne des consultants professionnels en immigration appuie tout programme qui permet aux immigrants de trouver un travail en aidant les employeurs à comprendre leurs qualifications, affirme son président Phil Mooney.
Andrew Cardozo, directeur général de l’Alliance des conseils sectoriels qui est composée de 29 entreprises et groupes professionnels dont des groupes d’ouvriers et d’enseignants, reconnaît que le nouveau bureau d’orientation fédéral aidera aux immigrants à déterminer si des postes dans leur domaine sont disponibles au Canada. Cet outil fiable qui se trouvera sur le Web permettra aux immigrants éventuels de décider de déménager ou non. Cardozo nous met en garde en expliquant que si les immigrants arrivent au Canada et qu’ils ne peuvent pas trouver du travail dans leur domaine d’expertise, il y a de bonnes chances qu’ils retournent chez eux ou aillent dans un troisième pays.
Le nouveau système d’orientation aura l’effet d’« une goutte d’eau dans l’océan » en aidant les nouveaux immigrants à faire évaluer et reconnaître leurs titres de compétences, mais il ne mènera nécessairement pas à un emploi, explique Alboim, qui est la coauteure d’une étude publiée en mai qui conseille vivement à Ottawa d’améliorer la coordination entre les multiples niveaux d’organismes et de programmes pour augmenter les possibilités d’emploi des immigrants.
« L’expérience de travail canadienne, la langue, les capacités de communiquer et les réseaux sociaux sont probablement les facteurs les plus importants lorsque vient le temps de trouver un emploi qui correspond à son expérience personnelle, dit-elle. Le service d’orientation ne s’occupera vraiment pas de la prestation de ce genre de programmes et services. »
Alboim croit que d’insinuer que le système d’immigration du Canada est « en panne » est exagéré. « Le système de points actuel n’a pas été créé pour sélectionner les gens en fonction d’emplois spécifiques parce que chacun sait qu’au Canada nous avons de la difficulté à faire des prévisions en ce qui concerne le marché du travail, avoue-t-elle. Même si nous savons ce que sont nos besoins aujourd’hui, après le passage des gens dans le système, ces besoins peuvent déjà avoir changé. »
Ce qui est connu sous le nom de modèle de « capital humain » se base plutôt sur l’hypothèse que beaucoup d’immigrants possèdent des qualifications « qui peuvent être transférées à un tas d’emplois, explique-t-elle. « Si ce qu’ils contribuent en tant que compétences et expertise peut être transféré à un travail semblable ou comparable offrant un niveau de revenu aussi bon, c’est pas mal. »
Alors que le système de points met beaucoup d’accent sur les niveaux d’instruction de ceux qui arrivent au Canada, cette approche peut causer des problèmes pour ceux qui détiennent une formation d’apprenti ou un diplôme de métier, des compétences qui sont très en demande dans de nombreuses régions canadiennes.
« Est-ce vrai que nous ne faisons pas entrer assez d’ouvriers au pays? Absolument. Définitivement, insiste Alboim. Je crois qu’il est absolument essentiel que de plus en plus d’importance soit donnée aux métiers. »
Grâce aux différentes initiatives en cours, dont le nouveau service d’orientation, les programmes de candidats des provinces permettent d’attirer les immigrants dont elles ont besoin pour satisfaire leur manque de compétences particulières. Les gouvernements provinciaux, ajoute-t-elle, sont plus en mesure de prédire ce que sont les besoins de leur propre marché du travail. Cependant, l’accent doit être mis davantage sur les pratiques de recrutement et sur la façon dont les évaluations des compétences des immigrants sont interprétées par ceux qui embauchent.
« Qu’est-ce qui ne fonctionne pas dans notre système? Qu’est-ce qui ne va pas avec la façon que les employeurs engagent les gens, avec la façon que nos évaluations sont administrées et avec notre façon de dire que l’expérience canadienne est ce qu’il y a de mieux... peut-être doit-on changer certains de nos attitudes et comportements sociétaux, affirme Alboim. Nous devons vraiment examiner les changements institutionnels que nous devons apportés au système en tant que société afin de mieux intégrer les gens... ne pas tenir compte de cela, c’est vraiment à notre propre péril. »
Le mois prochain, Partie III : Quelles améliorations les consultants professionnels en immigration du Canada recommandent-ils pour notre système d’immigration?
Pour obtenir de renseignments - Conclusions d'un sondage un regard sur les minorités visibles: cliquer ici
Pour de plus amples renseignements sur le nouveau Bureau d’orientation des titres de compétences étrangers de Citoyenneté et Immigration Canada et pour obtenir de l’information en ligne à propos des nouveaux arrivants, cliquer ici
Pour consulter le rapport au complet Making the Connections: Ottawa’s Role in Immigrant Employment de Naomi Alboim et Elizabeth McIsaac, se rendre à: www.irpp.org |